Remains
Écho à l’oracle de Dodone, en Grèce, une vasque de bronze placée sous un arbre en suspension est emplie d’une eau noire. Le public est semi-allongé, en cercle, à la lisière des racines et des feuilles. Remains est une écriture de la disparition de la nature sous l’action de l’humain, puis de sa métamorphose et recomposition.
L’intention derrière ce projet est peut-être une invitation à sortir de notre prisme, où nous associons souvent notre disparition à la disparition de la nature. Mais à l’échelle de notre planète, où le temps se compte en dizaines de millions d’années, la disparition potentielle de l’humain n’a que peu à voir avec celle de la nature. Après une période de profonde destruction, cette dernière se recomposera et donnera naissance à un autre vivant.
Nous ne sommes pas au centre, et Remains est une invitation à ressentir à une échelle de temps où nos croyances, dieux et civilisations, qui nous paraissent si tangibles et évidents à l’instant présent, seront devenus vestiges dans un monde qui aura, dans cent millions d’années, probablement changé sans nous.
Remains est le troisième volet d’une trilogie entamée par Deep are the woods et Je suis une montagne.
Ainsi va le premier mouvement de Remains et, au gré de la méditation, quelque chose opère à l’endroit de notre expérience de spectateur. Sans présence humaine, sans verbe, écrasé par un végétal qui nous ramène à notre modeste échelle humaine, on s’oublierait presque. Ferions-nous enfin partie des meubles (organiques, bien sûr), voire de la croûte terrestre ? […] Plus qu’un autre rapport à la nature, c’est une autre écriture, une autre forme plastique et un autre « être au théâtre » dont on nous propose ici d’expérimenter le prototype..
Thomas Corlin – Mouvement
